27 mars 2005

Qu'est-ce qu'être... ?

Après presque trois ans passés au Québec, l'idée m'est venue de me poser la question et de vous la poser, à vous qui êtes français, québécois, belge, allemand, italien etc…

Qu’est-ce qu’être … français ?

Je ne m’étais jamais posée la question, et je ne me l’aurai sans doute jamais posée si je n’avais pas immigré.
C’est une question à laquelle il m’est difficile de répondre car nous n’avons pas je crois, en France, l’habitude de se poser la question. On est français un point c’est tout.

Une définition toute personnelle va tenter de suivre.

La saga de la branche maternelle, originaire de Bretagne, prend ses racines en Chine, voyage en Inde, se poursuit en Indochine, et revient en France avec un grand-père né à Saïgon marié à une Française de la métropole. La saga paternelle débute et finit en Belgique avec un grand-père né sans doute à Bruxelles.
Ce joyeux mélange qui vit maintenant au Québec depuis trois ans, se sent française par son amour pour la littérature, Baudelaire, Hugo, Rimbaud, Rabelais, Molière, Beaumarchais, et tant d’autres.

Par mon amour pour l’Histoire, héritière d’un passé long de plus de deux mille ans, dont les nombreuses traces se voient au détour des chemins, au détour d’une rue, sur le fronton d’une maison, d’une église, je me sens française.

Fille du Nord de la France, passée la Loire j’étais la parisienne avec mon accent du Nord du fleuve. Amour, haine, incompréhension et tout à la fois, de la capitale lointaine et tentaculaire qui puise ses racines dans les siècles, cette France d’oc est aussi dans mon cœur.
La Méditerranée, les champs de lavande, les causses du Larzac, la Sainte-Victoire, le Pont du Gard, la Place de la Comédie, et tant d’autres paysages me sont chers.

Par mon amour pour Paname je me sens française. Ville indéfinissable, insupportable, insomniaque et insatiable. Le pont des Arts, les Cariatides du Louvre, l’Abbaye de St-Germain des Prés, le Boul’ Mich, les petites rues tortueuses et sans fin, vous me manquez.

Par mon amour de la controverse, du débat, de l’échange, de la découverte, de la curiosité, des longs repas entre amis pendant lesquels on refait le monde, je me sens française.

Par les fêtes telles le Carnaval, le 14 juillet, le 1er mai, je me sens française.

Par la diversité paysagère de ce « petit» pays, que j’ai trop peu parcouru, je me sens française.

Par la diversité ethnique de ce pays terre d’accueuil, je me sens française. Mes camarades de classe de tous horizons avec qui j’ai grandi vous me manquez.

Par la diversité culinaire de la bouillabaise, de la tartiflette, du couscous, du jambon-beurre-cornichons, des pieds de cochons, des rillettes, du Paris-Brest, de la ratatouille, je me sens française.

Par tout, ou presque tout, de ce qui me manque, ici, de mon pays, je me sens française.

Et pour vous, qu’est-ce qu’être … ?

Comment survivre au manque de stimulation intellectuelle ?

Je me suis inscrite à l'université car mes neurones sont en train de disparaître !!

Plus de discussions possibles sur des sujets vastes et variés. On ne peut pas discuter de politique, d'éducation, de cinéma, de littérature, de cuisine, de musique, etc.... bref on ne peut pas discuter hormis la vie quotidienne car on exprime une opinion, un avis, on argumente. Et ici c'est pris comme un reproche, une attaque, une critique. La pensée unique est de mise.
On ne peut pas refaire le monde autour d'un bon repas.
C'est impossible.

J'hésite à donner mon avis, mon opinion, je deviens amorphe.
Maintenant quand je regarde des émissions sur TV5 Canada telles que Des Racines et des Ailes ou encore Envoyé Spécial, j'ai de la misère parfois à suivre et à comprendre. Quand je vais sur les sites de journaux de français j'ai besoin de grande concentration pour pouvoir suivre.
Au secours !!

Ils parlent tellement différement de nous que ce soit sur le fond, la forme, la tournure, etc... que ça en devient pénible et si jamais on repart ce sera à cause de cela.
Je me rends compte aussi que notre éducation est à des années lumières. On nous apprend à argumenter, à introduire, à développer, à conclure, à développer une thèse, une anti-thèse, on a aussi énormément de vocabulaire et notre façon de nous exprimer nous joue des tours car nous sommes très souvent vus comme prétentieux malgré tous les efforts que nous pouvons faire.
Il ne faut pas oublier non plus le sentiment anti-français vu l'Histoire et les liens passés que nous avons en commun.
On nous reproche encore d'avoir abandonné le Canada aux anglais et ça fait 300 ans.

Heureusement qu'on agit pas de même en Europe avec les allemands.
Enfin bref c'est une très longue histoire...

(redigé en décembre 2004)

L'amitié et l'immigration

Je ne parlerai pas de la difficulté de se faire des amis dans le nouveau pays choisi, mais cette fois ci j'aimerai parler des amis restés au pays.
Mon mari vient de fêter ses 30 ans et j'avais écrit à des amis de longue date pour qu'ils lui fassent la surprise d'écrire un courriel pour lui souhaiter un bon anniversaire.
Un seul a répondu !
Pourtant je m'y étais prise longtemps à l'avance, écrit plusieurs fois mais rien, pas une réponse (à part l'ami cité plus haut), même pas un courriel pour dire "pas envie" ou "pas le temps".
Est-ce le média qui dérange ? Qu'est-ce que cela aurait été par la poste ! C'est dur d'aller à la poste, d'acheter un timbre, etc...
Bref.
Au début ils se désespèrent du départ, vous reprochent pour certains de partir, vous encouragent pour d'autres, mais tous jurent leurs grands dieux de garder le contact.
Après 2 ans et demi nous avons fait le ménage dans nos amis et connaissances, ce n'est pas dur car on n'a ni réponse à nos courriers postaux ni à nos courriels...
Jamais un courriel de leur part, jamais un courrier postal et encore moins un coup de téléphone car ça coûte cher... Les seuls qui restent sont ceux qui ont déjà vécu à l'étranger, qui ont voyagé, ont qui ont un conjoint d'une autre origine.
Je ne cherche pas de réponses, pas de recettes miracles pour garder les amis, c'est juste un constat, constat un peu amer mais qui fait refléchir sur les "amitiés" passées, présentes et futures.

(redigé en novembre 2004)

 
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