24 octobre 2006

À la découverte de Toronto

À l’occasion de l’Action de Grâces/Thanksgiving (début octobre au Canada, ce fut lundi 9 cette année), nous avions été invités à passer ce long week-end à Toronto chez une amie avec laquelle je papotais sur Internet depuis trois, quatre ans et que je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer en chair et en os. J’avais profité de ma présence dans la Ville Reine pour pouvoir y passer en même temps des entrevues étant donné que mon mari avait une opportunité professionnelle dans la région. Je joignais donc l’utile à l’agréable!

Depuis quatre ans et demi je demeure au Québec et ce que je ne connaissais de Toronto n’était, pour la plupart, que des récits malheureux, que des descriptives catastrophiques issus de mon entourage immédiat, bref rien de très engageant. Bref, je partais sans a priori avec plutôt la curiosité de découvrir, de voir par moi-même comment c’était chez les « vilains méchants Anglais ».

J’avais l’avantage de ne pas y aller avec « l’esprit touriste », c’est pour cette raison d’ailleurs que je n’ai pas pris de photos, je n’avais pas l’humeur touristique, mais j’avais plutôt à l’esprit la lancinante question « est-ce que je me vois y vivre? », « est-ce que je pourrais y vivre? ». Ne me plaisant plus au Québec depuis des années, j’étais très attirée par Toronto et donc les comparaisons étaient nombreuses à pointer le bout de leur nez…

Déjà la route pour se rendre en Ontario… Bien sûr, ceux qui vivent ou ont vécu au Québec sauront de quoi je parle mieux que les autres. Nous prenons la route samedi matin, le passage de la « frontière », panneau « Welcome in Ontario/Bienvenue en Ontario » est très cliché, l’autoroute québécoise juste avant est vraiment pourrie pleine de trous et vous vous retrouvez sur un billard, net, lisse et neuf à peine arrivés en Ontario. Les ouvriers étaient d’ailleurs en train de refaire l’autoroute. Bon une dizaine de kilomètres après la route n’est plus aussi belle, mais elle est merveilleuse quand vous venez du Québec… Il n’y a pas que la route, il y a aussi les automobilistes… Je n’avais jamais encore conduit sur une autoroute québécoise, car j’avais peur, j’ai conduit sur la 401 qui mène à Toronto et c’est un autre monde, il faut le vivre pour le croire!! Nous changeons toutes les heures, les heures et demie, avec mon mari, car je n’ai pas l’habitude de conduire aussi longtemps et cela me demande une grande concentration, c’est épuisant! Rires! Je profite du paysage lorsque je suis du côté passager et je suis notre cheminement sur la route, en lisant tous les panneaux routiers parfois bilingues, parfois unilingues anglophones, l’immersion linguistique commence.

Notre voyage se déroule sans encombre et nous arrivons à Toronto cinq minutes après l’horaire prévu, nous sommes bons, nous ne nous sommes pas perdus!! Nous sommes accueillis comme des rois par mon amie et sa famille, nous faisons aussi la connaissance d’un jeune couple français arrivé depuis peu à Toronto . Vient l’heure du départ pour le rendez-vous dans un resto grec où nous devions y rencontrer un autre couple d’amis français, qui vit au Québec, et qui venait aussi passer le week-end à Toronto.
En chemin, je continue à regarder, à découvrir, à dévorer des yeux tout ce qui m’entoure malgré ma fatigue et je me dis que oui définitivement j’aime Toronto. Le contraste avec Montréal peut être saisissant, autant au niveau de la mode, de l’entretien des routes et des trottoirs, de la propreté des rues, du comportement des gens, etc. bref je me sens bien et à l’aise malgré la langue que j’entends aux détours des rues.

L’expérience suivante fut le trajet, dimanche matin, jusqu’à Mississauga, ville voisine et mitoyenne, pour voir le futur lieu de travail de mon mari. Nous traversons une autre partie de la ville, vers l’ouest, et je vois enfin le lac Ontario, c’est immense et je suis conquise. Je parcoure, bien évidemment tout avidement les rues des yeux, les édifices, les enseignes, bref, je regarde, je fixe, je scrute, je détaille. Je me rends compte l’avantage que m’apporte d’avoir vécu au Québec durant des années, le choc est nettement moins grand que si j’étais venue directement depuis la France. Tout est simplement plus grand, plus démesuré mais cela reste une ville nord-américaine et je ne suis pas dépaysée. Architecturalement parlant les maisons ont bien sûr beaucoup plus une silhouette anglophone, victorienne, mais c’est la seule grande différence notable qui m’apparaît visuellement, pour le moment.

Je passe le lundi en compagnie de mon amie qui m’emmène dans divers quartiers torontois. D’autres découvertes visuelles m’attendent. J’en profite pour regarder les petites choses de la vie quotidienne, les boutiques, le choix, le prix des denrées alimentaires, tout en devisant tranquillement.

Cela va peut-être paraître stupide, mais pour la première fois depuis des années je me sens enfin libre de parler comme je le sens et de ne pas faire attention aux mots que je dis. Détrompez vous ce n’est pas parce que je me sens libre de dire n’importe quoi parce que personne ne peut me comprendre (nous allons croiser d’autres francophones) mais je ne sens aucun regard sur moi à cause de mon accent. Je suis blanche, blonde, perdue au milieu de gens de toutes les couleurs et de toutes les langues et je m’en moque éperdument. Pour une fois je suis une minorité audible parmi d’autres minorités visibles et tout le monde trouve cela normal. Je ne suis plus une minorité francophone audible blanche parmi une majorité blanche francophone. Le multiculturalisme et la diversité ethnique de Montréal ne m’ont jamais paru si extraordinaires que cela pour moi qui ai vécu à Paris et qui passais mon temps à traîner, entre autres, à Barbès et ayant vu ce que c’était la diversité à Toronto, celle de Montréal me paraît inexistante.

À l’occasion de mes entrevues, j’ai parcouru d’autres quartiers, pris le Street Car (le tramway), le bus, le métro, j’ai parcouru la ville en long et en large, et je me répète, mais oui je suis conquise.

Reste à voir sur le long terme comment cela sera, mais tous les témoignages d’immigrants ayant quitté le Québec pour Toronto sont positifs alors j’ai bon espoir!

Pour conclure quelques liens pour vous faire découvrir la ville

http://fr.wikipedia.org/wiki/Toronto

http://www.goodoldtoronto.com/

http://www.toronto.ca/

http://www.flickr.com/search/?q=toronto&s=int

24 juin 2006

Au bout de quatre ans


Quatre années de présence sur le sol québécois! Quatre années enrichissantes, éprouvantes, exaltantes, stimulantes, et surtout pas ennuyantes, enfin sauf peut-être l'hiver! rires!

Hier, sur les quais du Vieux-Port de Montréal, j'ai discuté avec une bouquiniste parisienne venue pour l'événement Les bouquinistes du Saint-Laurent. Elle avait des reproductions d'affiches et de photographies de Paris qui m'ont mis la nostalgie! Mais je préfère avoir des regrets plutôt que des remords. Je préfère regretter ce que j'ai laissé en France plutôt que d'être restée en France et avoir des remords de ne jamais avoir tenté l'aventure outre-Atlantique.

En relisant mes bilans faits l'an dernier (mais pourquoi en avais-je écrit deux??), je me rends compte du chemin parcouru en ce qui concerne une éventuelle autre émigration. Le premier bilan est ici et le second
se trouve là. Une nouvelle émigration n'est plus une éventualité, c'est devenu une certitude. Reste à savoir si ce sera l'Italie ou une province anglophone du Canada. Le futur nous le dira!

Dora, une copine expat, qui vit en Nouvelle-Zélande, réclame à cor et à cri un bilan de ces années passées, mais je ne sais quoi raconter! rires!

Un nouveau métier s'offre à moi avec la reprise de mes études depuis septembre 2005. En effet, lassée de petits boulots, j'ai décidé de retourner à l'école.
Depuis notre arrivée ici, j'ai occupé successivement les emplois suivants : commis de boulangerie, ouvrière de compositions florales, technicienne en archéologie (premier emploi rémunéré à la différence de la France où je n'ai jamais pu être que bénévole n'ayant pas terminé mes études), ouvrière de production de photocopies et de reliures de documents, pour finalement devenir gestionnaire de projets. Le tout s'est fait sur le tas, la chance m'a été donnée de prouver ma valeur et mes compétences.
Ma formation se termine en octobre 2006 et je serai détentrice d'un Diplôme d'Études Professionnelles en secrétariat, le fameux sésame : le diplôme québécois, qui devrait me permettre de décrocher un emploi à ma mesure. Les mois qui viennent de passer ont été rudes, vivre avec un seul salaire et mes prêts et bourses nous ont obligé à de gros sacrifices et restrictions mais ce n'est que temporaire.

Après l'évocation de la vie professionnelle, il faut évoquer la vie sociale et culturelle. Elle n'a guère changé et elle est toujours plus ou moins aussi pauvre.
Mais il est grand temps que je diversifie mon environnement, composé à
98 % de Québécois. Cela s'est fait tout seul, je n'ai pas choisi délibérement de fuir mes compatriotes et les immigrants des autres nationalités mais n'ayant jamais vécu à Montréal, je pense que c'est normal d'avoir évolué dans un environnement quasi exclusivement pure-laine et francophone. Je sais, le fait d'avoir acheté une maison à une quarantaine de kilomètres de Montréal n'aide pas le développement de notre réseau social!!

Ni Française, ni Québécoise, je navigue entre deux eaux.
Plus tout à fait à l'aise en présence de Français de France, non plus totalement à l'aise en présence de Québécois, mon identité se noue et se dénoue au fil des contacts et des expériences. Je peux me fondre dans la foule sans aucun problèmes ayant acquis les gestes et les comportements d'ici mais il ne faut pas que j'ouvre la bouche, mon accent dénonçant immédiatement mes origines. Origines le plus souvent bien lourdes à porter dans cette partie du monde pour laquelle je ne suis pas faite et que j'ai hâte de quitter.

Si vous avez des questions, n'hésitez pas, les commentaires sont là pour ça!

19 juin 2006

La fierté québecoise?

Pourquoi les Québecois sont fiers d'être Québecois seulement à l'approche de la fête nationale?

Pourquoi est-ce seulement à cette période de l'année que l'on voit fleurir un peu partout des drapeaux sur les voitures, les balcons, etc.

Le reste de l'année la fierté disparaît? Pourquoi ne se montre-t-elle plus??

17 juin 2006

Différences culturelles


Voici en quelques mots, mon tout dernier récent "choc" culturel.

Une de mes collègues de classe se mariait jeudi passé et j'avais bricolé de mes blanches mains une carte de voeux toute simple.
Mardi matin je l'ai donc fait passée dans l'école afin que les filles qui le désirent y inscrivent un petit mot.

J'ai recupéré la carte le midi et je la remets à la future mariée qui nous quittait après le dîner.
Elle était toute contente et toute émue et nous a sincèrement remercié. Mais il n'y a eu aucun geste physique de sa part, ni de la part des autres quand elle nous a salué pour nous quitter.
Des bons voeux de mariage ont été prononcés mais aucun geste, aucune embrassade, aucune manifestation à part verbale.
Je n'ai pas été outre mesure surprise y étant plus ou moins habituée mais cette distance physique me surprendra toujours!

(l'illustration de ce billet vient du site Complètement blinkies dont vous trouverez l'adresse dans les liens)

14 mai 2006

À vendre!

Faust vend son âme au diable, la STM (la Société des transports de Montréal) a décidé quant à elle, de vendre le nom d'une quinzaine de ses stations de métro car elle manque cruellement de fonds!!

Verra-t-on bientôt la station Laurier/Pepsi? (Sir Wilfrid Laurier fut Premier ministre du Canada) ou encore la station Pie IX (pape au XIXe siècle) suivie d'un 'illustre' nom de marque?

L'Histoire et le patrimoine vont-ils être sacrifiés au nom du dieu dollar?

15 avril 2006

Le salaire des députés provinciaux et Hydro

Notre bien-aimé premier ministre, Jean Charest, se propose d'augmenter le salaire des députés de 3 % alors que les fonctionnaires provinciaux n'ont eu, eux, que 2 %.

Pense-t-il que nous allons les plaindre?

Et l'augmentation des tarifs d'Hydro-Québec de 5,33 %, elle, est normale évidemment?
Qu'est-ce que 4,58 $ de plus sur une facture!

Saint-Laurent's river


Saint-Laurent's river
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Reflets sur le fleuve.

18 février 2006

Bouffée d'air salvatrice

La programmation hivernale de la chaîne telequebec est une véritable bouffée d'air dans le désert culturel dans lequel je menace de me noyer.

Commençons par le meilleur avec contact l'encyclopédie de la création.
Cette perle d'intelligence télévisuelle nous livre en une trop courte heure, des univers, des créateurs, des hommes et femmes d'exception. Les premiers épisodes nous ont presentés Franco Dragone le créateur du Cirque du Soleil, Jean d'Ormesson, Éric-Emmanuel Schmitt, les épisodes seront bientôt visibles sur le site de l'émission ici.

Vient en suite la réjouissante série Pure Laine qui décrypte et dénonce à travers l'humour les travers racistes de la société québecoise pure, les Pure Laine dont je ne ferais jamais partie, n'étant pas d'ici. Dommage que les épisodes ne soient pas diffusés sur le net!

L'émission culturelle Libre Échange trop québeco-québecoise à mon goût mais qui à le mérite de faire découvrir la diversité de la vie culturelle.

La coproduction franco-québecoise Les citadins du rebut global présente une équipe québeco-française (inversons cette fois les adjectifs pour plaire à tout le monde) qui rénove une bâtisse de fond en comble suivant les principes décrits sur leur très riche site internet ici.

La redécouverte de l'émission littéraire M'as-tu lu et de l'émission de débats (sport très peu pratiqué ici!) de Il va y avoir du sport.

Et dire qu'il y a quelques jours, le gouvernement Charest a decidé de diminuer d'un tiers les employés de cette télé d'état et lui demande de faire des économies!!

La seule et unique chaîne de télé nationale de qualité est menacée, le nivellement par le bas n'épargne décidement aucun secteur...

15 janvier 2006

Montréal, vue du Vieux-Port

Cliché pris le vendredi 13 janvier 2006.



Montréal, vue du Vieux-Port
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Comme dans la chanson populaire...

Ça s’en va et ça revient comme de tout petits riens et qu’est-ce qui s’en va et revient : la « crise d’identité ». Termes un peu forts j'en conviens mais je n'en trouve pas d'autres ( je perds mon vocabulaire!! ). Pendant que j’y suis, ne soyez pas surpris si vous voyez des accents sur mes majuscules et pas d’espacement avant certains signes de ponctuation, j’écris en effet maintenant à la québecoise.

Je viens de retrouver ce texte Qu'est-ce qu'être...? et en le relisant je me demande ce que je suis maintenant?

À la question posée « êtes vous encore Français au bout de... » sur ce forum immigrer-contact un membre répond :

Je ne peux plus supporter la fermeture d'esprit, la condescendance et l'arrogance de certains français.

J'ai arrêté de me plaindre pour tout et n'importe quoi, et ne gueule plus à tout va. Par contre, je pense que c'est contextuel, et qu'il suffit d'une réinsertion en territoire français pour retrouver ça

C’est pour cela que je me sens bien ici et je me suis rendue compte être de plus en plus mal à l’aise sur des forums composés à 90 % de Français résidant dans la douce France, cher pays de mon enfance. C’est pour cette raison que j’ai décidé de ne plus fréquenter que des forums d’expats, d’immigrants, de femmes et d’hommes pris entre deux chaises, entre deux mondes, deux cultures.

N’étant pas allée en vacances dans le pays qui m’a vu grandir depuis notre installation ici, je pense vivre, dans probablement deux ans, un choc culturel inversé mais ne présageons pas sur l’avenir...

Je suis perçue sur les forums « franco-français » comme une Française partie vivre temporairement à l’étranger (je me vois comme une immigrée et non une expatriée, la différence se situant pour moi dans la durée, je suis là pour une durée indéterminée). On s’attend à que je réagisse comme une Française, l’on m’y demande quand est-ce que je rentre chez moi (mais c’est ici mon chez moi), ce que je pense de tel ou tel évènement mais j’ai beau redire que je ne vis plus en France depuis bientôt quatre ans le message ne passe pas et ne passera jamais et j’ai renoncé à le faire passer.
Tout comme la sempiternelle question : « mais il est quelle heure chez toi » (nous avons six heures de moins avec notre pays d’origine, je précise au cas où l’idée, de me poser la question, viendrait vous titiller!)

Mon orthographe, ma syntaxe, mon vocabulaire souffent de cette immigration. Bien évidemment mon élocution, ma prononciation et mon vocabulaire à l’oral se sont aussi modifiés, c’est moi qui ai un accent ici et j’ai dû m’adapter pour me faire comprendre ce qui est tout à fait normal. Par contre je pense, en tout cas j’espère, que jamais je ne prendrai certaines tournures de phrase. Je me suis resignée aussi à toujours entendre : « oui mais vous, vous parlez trop bien » (vous = les Français), ah nan désolée je ne parle pas trop bien, je parle comme cela m’a été enseigné, je ne parle pas « trop bien » pour être fancy et pour prendre les gens de haut.

M’intégrer oui, m’assimilier non, mais où situer la frontière?

La typographie (en tant que future secrétaire autant prendre tout de suite les bonnes habitudes), les traits de caractère, la perception des « Français de France » pour reprendre une expression chère aux Québecois, la syntaxe, sans oublier la frustration de ne pas pouvoir dire ce que je pense avec les mots que je pense, avec les mots que je ressens. C'est une plaie de parler la même langue (enfin plus ou moins la même langue), thème déjà abordé ici sont-ils les seuls éléments qui permettent de me définir en tant que Française?

Je ne pense pas mais pour cette fois, le questionnement s’arrêtera là. ;)

14 janvier 2006

L'inquiétante hostilité québécoise au français

Quelques textes qui vous donneront un aperçu de mon univers.

Je vous laisse les découvrir!


L'inquiétante hostilité québécoise au français

Point de vue Lionel Meney, ancien professeur à l'Université Laval et auteur du Dictionnaire québécois-français

LE MONDE mars 2005

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Si le combat des Québécois pour la défense du français est connu, on connaît moins leur division sur le type de français qu'ils désirent employer. La majorité veut parler une langue proche de celle des autres francophones. Mais certains, les "aménagistes", considèrent le français standard comme un modèle linguistique étranger et prônent la création d'une "norme québécoise".

Cet objectif est en rapport avec l'attitude ambiguë de certains Québécois à l'égard de la France. Ils considèrent qu'ils sont ou ont été colonisés par ce pays, alors que le Québec n'a plus de lien juridique avec lui depuis 1763 !
Ainsi, Line Beauchamp, ministre de la culture, a déclaré : "Les différents Etats qui ont été colonisés par des sociétés européennes se sont tous donné leur propre dictionnaire. Il est assez particulier de voir que le Québec ne s'était pas encore donné un tel ouvrage."

En fait, les colonisés sont les Amérindiens et les Inuits. Quant aux colonisateurs, ce sont... les ancêtres des Québécois d'aujourd'hui et les Anglais.

Un sentiment antifrançais et anti-langue française de France est ancré dans une partie de la population. Un journaliste critiquait ainsi la décision du gouvernement québécois de choisir la chanson La Langue de chez nous, d'Yves Duteil, pour commémorer l'adoption de la Charte de la langue française : "La langue que Duteil y célèbre n'est pas celle de chez nous, mais celle de chez lui."

Cette distinction entre "nous autres" et "eux autres" (les Français) est caractéristique de ce courant. Certains vont jusqu'à considérer comme des "colonisés" les Québécois qui franchissent cette limite ethnique et optent pour le français standard. Denise Bombardier se disait récemment "troublée par l'impossibilité de discuter raisonnablement de la qualité de la langue parlée chez nous. La réaction épidermique consiste à discréditer quiconque s'y hasarde en le traitant (...) de vendu. Le fait que, parmi les jeunes, on -en- trouve tant qui expriment un dédain, pour ne pas dire une haine de la France et des "maudits Français", en dit long sur notre libération collective."

Pour les aménagistes, le "dictionnaire national" représente l'objet symbolique qui marquera la libération du peuple de l'impérialisme français. "Après s'être affranchis des Français dans la littérature, le film, la chanson, les Québécois s'apprêtent à affirmer leur identité par le dictionnaire", a écrit le linguiste Claude Poirier. Si cet affranchissement s'était fait en faveur, par exemple, du film québécois, il y aurait de quoi se réjouir. Mais l'"expansion" des films québécois (13 % du marché) a été favorisée par... l'effondrement des films français (9 %) face au rouleau compresseur américain (78 %). Est-ce un "affranchissement" ou une autre "colonisation" ?

Les aménagistes ont investi les lieux de pouvoir : secrétariat à la politique linguistique, Conseil et Office de la langue française, ministère de l'éducation... On peut mesurer leur progrès en comparant deux définitions officielles à vingt-cinq ans de distance : "La norme qui, au Québec, doit régir le français dans l'administration, l'enseignement, les tribunaux, le culte et la presse, déclarait l'Office de la langue française en 1965, doit, pour l'essentiel, coïncider à peu près entièrement avec celle qui prévaut à Paris, Genève, Bruxelles, Dakar..." En 1990, le Conseil de la langue française affirmait qu'il y a maintenant "consensus au Québec quant à l'existence d'un français standard d'ici dont la description constitue la prochaine étape obligée du projet collectif québécois d'aménagement de la langue". En réalité, il n'y a pas de consensus. Le Conseil n'a écouté que ceux d'accord avec la création d'une "norme québécoise".

La rédaction d'un Dictionnaire normatif du français québécois est en cours. L'ouvrage sera dans la ligne politico-linguistiquement correcte (aménagiste, nationaliste, féministe). Sa conception repose sur un principe erroné. Selon son initiateur, Pierre Martel, le français québécois doit se concevoir "comme la langue d'une communauté linguistique pour laquelle il n'existe pas de variété témoin". Ce séparatisme linguistique va à contre-courant de la tendance à l'homogénéisation du marché linguistique francophone international. Le français du Québec en fait partie intégrante. En interaction constante avec la variété hexagonale, il se distingue de moins en moins du français des autres francophones.

Cette idéologie masque le désir d'un groupe d'universitaires et de fonctionnaires d'imposer à la société sa conception de la norme. "L'Etat doit exiger le respect de la norme du français québécois", dit Martel.

Se reflète ainsi la volonté d'une partie de la petite bourgeoisie intellectuelle de se créer un créneau politique et économique en se positionnant comme intermédiaire obligé entre les Québécois et le reste de la francophonie. Les aménagistes pensent avoir trouvé, avec leur "français québécois standard", la formule qui établira leur domination.

L'enjeu est de taille : il s'agit, en créant une mesure protectionniste, de s'assurer le monopole du marché du livre scolaire et des industries de la langue et de la culture. Comme quoi idéologie linguistique et intérêts économiques font bon ménage. Les victimes de ce séparatisme linguistique seront les Québécois, confinés à un marché de 6millions de personnes, ghetto linguistique et culturel ni anglais ni français, première étape vers l'anglicisation complète
.


D'autres liens en rapport avec le sujet :

L'inquiétante hostilité québécoise au français

La langue d'icitte

Au stop, il y a le parking pour le shopping


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