15 janvier 2006

Montréal, vue du Vieux-Port

Cliché pris le vendredi 13 janvier 2006.



Montréal, vue du Vieux-Port
Originally uploaded by st-michel.

Comme dans la chanson populaire...

Ça s’en va et ça revient comme de tout petits riens et qu’est-ce qui s’en va et revient : la « crise d’identité ». Termes un peu forts j'en conviens mais je n'en trouve pas d'autres ( je perds mon vocabulaire!! ). Pendant que j’y suis, ne soyez pas surpris si vous voyez des accents sur mes majuscules et pas d’espacement avant certains signes de ponctuation, j’écris en effet maintenant à la québecoise.

Je viens de retrouver ce texte Qu'est-ce qu'être...? et en le relisant je me demande ce que je suis maintenant?

À la question posée « êtes vous encore Français au bout de... » sur ce forum immigrer-contact un membre répond :

Je ne peux plus supporter la fermeture d'esprit, la condescendance et l'arrogance de certains français.

J'ai arrêté de me plaindre pour tout et n'importe quoi, et ne gueule plus à tout va. Par contre, je pense que c'est contextuel, et qu'il suffit d'une réinsertion en territoire français pour retrouver ça

C’est pour cela que je me sens bien ici et je me suis rendue compte être de plus en plus mal à l’aise sur des forums composés à 90 % de Français résidant dans la douce France, cher pays de mon enfance. C’est pour cette raison que j’ai décidé de ne plus fréquenter que des forums d’expats, d’immigrants, de femmes et d’hommes pris entre deux chaises, entre deux mondes, deux cultures.

N’étant pas allée en vacances dans le pays qui m’a vu grandir depuis notre installation ici, je pense vivre, dans probablement deux ans, un choc culturel inversé mais ne présageons pas sur l’avenir...

Je suis perçue sur les forums « franco-français » comme une Française partie vivre temporairement à l’étranger (je me vois comme une immigrée et non une expatriée, la différence se situant pour moi dans la durée, je suis là pour une durée indéterminée). On s’attend à que je réagisse comme une Française, l’on m’y demande quand est-ce que je rentre chez moi (mais c’est ici mon chez moi), ce que je pense de tel ou tel évènement mais j’ai beau redire que je ne vis plus en France depuis bientôt quatre ans le message ne passe pas et ne passera jamais et j’ai renoncé à le faire passer.
Tout comme la sempiternelle question : « mais il est quelle heure chez toi » (nous avons six heures de moins avec notre pays d’origine, je précise au cas où l’idée, de me poser la question, viendrait vous titiller!)

Mon orthographe, ma syntaxe, mon vocabulaire souffent de cette immigration. Bien évidemment mon élocution, ma prononciation et mon vocabulaire à l’oral se sont aussi modifiés, c’est moi qui ai un accent ici et j’ai dû m’adapter pour me faire comprendre ce qui est tout à fait normal. Par contre je pense, en tout cas j’espère, que jamais je ne prendrai certaines tournures de phrase. Je me suis resignée aussi à toujours entendre : « oui mais vous, vous parlez trop bien » (vous = les Français), ah nan désolée je ne parle pas trop bien, je parle comme cela m’a été enseigné, je ne parle pas « trop bien » pour être fancy et pour prendre les gens de haut.

M’intégrer oui, m’assimilier non, mais où situer la frontière?

La typographie (en tant que future secrétaire autant prendre tout de suite les bonnes habitudes), les traits de caractère, la perception des « Français de France » pour reprendre une expression chère aux Québecois, la syntaxe, sans oublier la frustration de ne pas pouvoir dire ce que je pense avec les mots que je pense, avec les mots que je ressens. C'est une plaie de parler la même langue (enfin plus ou moins la même langue), thème déjà abordé ici sont-ils les seuls éléments qui permettent de me définir en tant que Française?

Je ne pense pas mais pour cette fois, le questionnement s’arrêtera là. ;)

14 janvier 2006

L'inquiétante hostilité québécoise au français

Quelques textes qui vous donneront un aperçu de mon univers.

Je vous laisse les découvrir!


L'inquiétante hostilité québécoise au français

Point de vue Lionel Meney, ancien professeur à l'Université Laval et auteur du Dictionnaire québécois-français

LE MONDE mars 2005

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Si le combat des Québécois pour la défense du français est connu, on connaît moins leur division sur le type de français qu'ils désirent employer. La majorité veut parler une langue proche de celle des autres francophones. Mais certains, les "aménagistes", considèrent le français standard comme un modèle linguistique étranger et prônent la création d'une "norme québécoise".

Cet objectif est en rapport avec l'attitude ambiguë de certains Québécois à l'égard de la France. Ils considèrent qu'ils sont ou ont été colonisés par ce pays, alors que le Québec n'a plus de lien juridique avec lui depuis 1763 !
Ainsi, Line Beauchamp, ministre de la culture, a déclaré : "Les différents Etats qui ont été colonisés par des sociétés européennes se sont tous donné leur propre dictionnaire. Il est assez particulier de voir que le Québec ne s'était pas encore donné un tel ouvrage."

En fait, les colonisés sont les Amérindiens et les Inuits. Quant aux colonisateurs, ce sont... les ancêtres des Québécois d'aujourd'hui et les Anglais.

Un sentiment antifrançais et anti-langue française de France est ancré dans une partie de la population. Un journaliste critiquait ainsi la décision du gouvernement québécois de choisir la chanson La Langue de chez nous, d'Yves Duteil, pour commémorer l'adoption de la Charte de la langue française : "La langue que Duteil y célèbre n'est pas celle de chez nous, mais celle de chez lui."

Cette distinction entre "nous autres" et "eux autres" (les Français) est caractéristique de ce courant. Certains vont jusqu'à considérer comme des "colonisés" les Québécois qui franchissent cette limite ethnique et optent pour le français standard. Denise Bombardier se disait récemment "troublée par l'impossibilité de discuter raisonnablement de la qualité de la langue parlée chez nous. La réaction épidermique consiste à discréditer quiconque s'y hasarde en le traitant (...) de vendu. Le fait que, parmi les jeunes, on -en- trouve tant qui expriment un dédain, pour ne pas dire une haine de la France et des "maudits Français", en dit long sur notre libération collective."

Pour les aménagistes, le "dictionnaire national" représente l'objet symbolique qui marquera la libération du peuple de l'impérialisme français. "Après s'être affranchis des Français dans la littérature, le film, la chanson, les Québécois s'apprêtent à affirmer leur identité par le dictionnaire", a écrit le linguiste Claude Poirier. Si cet affranchissement s'était fait en faveur, par exemple, du film québécois, il y aurait de quoi se réjouir. Mais l'"expansion" des films québécois (13 % du marché) a été favorisée par... l'effondrement des films français (9 %) face au rouleau compresseur américain (78 %). Est-ce un "affranchissement" ou une autre "colonisation" ?

Les aménagistes ont investi les lieux de pouvoir : secrétariat à la politique linguistique, Conseil et Office de la langue française, ministère de l'éducation... On peut mesurer leur progrès en comparant deux définitions officielles à vingt-cinq ans de distance : "La norme qui, au Québec, doit régir le français dans l'administration, l'enseignement, les tribunaux, le culte et la presse, déclarait l'Office de la langue française en 1965, doit, pour l'essentiel, coïncider à peu près entièrement avec celle qui prévaut à Paris, Genève, Bruxelles, Dakar..." En 1990, le Conseil de la langue française affirmait qu'il y a maintenant "consensus au Québec quant à l'existence d'un français standard d'ici dont la description constitue la prochaine étape obligée du projet collectif québécois d'aménagement de la langue". En réalité, il n'y a pas de consensus. Le Conseil n'a écouté que ceux d'accord avec la création d'une "norme québécoise".

La rédaction d'un Dictionnaire normatif du français québécois est en cours. L'ouvrage sera dans la ligne politico-linguistiquement correcte (aménagiste, nationaliste, féministe). Sa conception repose sur un principe erroné. Selon son initiateur, Pierre Martel, le français québécois doit se concevoir "comme la langue d'une communauté linguistique pour laquelle il n'existe pas de variété témoin". Ce séparatisme linguistique va à contre-courant de la tendance à l'homogénéisation du marché linguistique francophone international. Le français du Québec en fait partie intégrante. En interaction constante avec la variété hexagonale, il se distingue de moins en moins du français des autres francophones.

Cette idéologie masque le désir d'un groupe d'universitaires et de fonctionnaires d'imposer à la société sa conception de la norme. "L'Etat doit exiger le respect de la norme du français québécois", dit Martel.

Se reflète ainsi la volonté d'une partie de la petite bourgeoisie intellectuelle de se créer un créneau politique et économique en se positionnant comme intermédiaire obligé entre les Québécois et le reste de la francophonie. Les aménagistes pensent avoir trouvé, avec leur "français québécois standard", la formule qui établira leur domination.

L'enjeu est de taille : il s'agit, en créant une mesure protectionniste, de s'assurer le monopole du marché du livre scolaire et des industries de la langue et de la culture. Comme quoi idéologie linguistique et intérêts économiques font bon ménage. Les victimes de ce séparatisme linguistique seront les Québécois, confinés à un marché de 6millions de personnes, ghetto linguistique et culturel ni anglais ni français, première étape vers l'anglicisation complète
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D'autres liens en rapport avec le sujet :

L'inquiétante hostilité québécoise au français

La langue d'icitte

Au stop, il y a le parking pour le shopping


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